
LE HAUT MOYEN ÂGE · 476 → 987
Après la mort du roi Clotaire Ier en 561, le royaume franc est à nouveau partagé entre ses fils.
Parmi eux, Gontran reçoit la Bourgogne, un vaste territoire situé entre les vallées de la Saône, du Rhône et de la Loire.
Son règne dure plus de trente ans (561 → 592), ce qui en fait l’un des plus longs de la période mérovingienne.
Contrairement à ses frères, souvent engagés dans des guerres brutales, Gontran apparaît dans les sources comme un roi plus prudent, cherchant à maintenir l’équilibre entre les royaumes francs.
Le royaume des Francs en 561. Source : Wikipédia
Le royaume de Bourgogne possède plusieurs atouts.
Le royaume de Bourgogne. Source : Wikipédia
Il contrôle des axes économiques majeurs :
Parmi les principales cités du royaume :
Ces villes possèdent des évêchés puissants et une tradition administrative héritée de l’Empire romain.
La Bourgogne est donc un royaume riche et relativement stable, mais aussi un territoire exposé aux ambitions de ses voisins.
La situation politique du royaume franc devient rapidement explosive.
Deux des frères de Gontran entrent dans une rivalité violente :
Leur conflit, déclenché après l’assassinat de Galswinthe, sœur de la reine Brunehaut, plonge le monde franc dans une longue guerre.
Gontran se retrouve alors entre les deux camps.
Selon les circonstances, il soutient tantôt l’un, tantôt l’autre, cherchant surtout à préserver la stabilité de son propre royaume.
Cette politique d’équilibre lui vaut parfois une réputation de roi arbitre.
La mort de Chilpéric Ier en 584 ne met pas fin aux conflits entre les royaumes francs.
La faide royale se poursuit sous de nouvelles formes. Plusieurs aristocrates puissants jouent alors un rôle décisif, notamment :
Ces personnages, autrefois proches de Chilpéric, cherchent à maintenir leur influence dans les luttes politiques qui opposent les royaumes.
Dans le même temps, certains nobles austrasiens soutiennent Gondovald, fils naturel supposé de Clotaire Ier, qui tente de se faire reconnaître comme roi.
Cette tentative menace directement l’autorité de Gontran.
En 585, le roi mène une campagne militaire jusqu’à Saint-Bertrand-de-Comminges, dans le sud de la Gaule, afin d’écraser cette rébellion et d’imposer son autorité.
La défaite de Gondovald met fin à cette tentative de contestation dynastique.
Le traité d’Andelot. Source : Wikipédia
Après la défaite de Gondovald, Gontran peut consolider ses alliances.
Le 28 novembre 587, il rencontre le roi Childebert II, fils de Sigebert Ier et de Brunehaut.
Les deux souverains concluent le traité d’Andelot, près de Chaumont.
Ce traité organise une alliance durable entre la Bourgogne et l’Austrasie.
Il prévoit notamment que :
Ce traité est exceptionnel pour l’époque : son texte complet est conservé grâce à Grégoire de Tours.
Il constitue l’un des rares accords diplomatiques détaillés du haut Moyen Âge.
À la fin des années 580, Gontran tente d’étendre son influence vers le sud.
Il souhaite notamment reprendre la Septimanie, région contrôlée par le royaume wisigoth.
En 588 ou 589, il envoie une armée commandée par Austrovald, duc d’Aquitaine.
Mais la campagne se termine par un échec.
Près de Carcassonne, l’armée franque est battue par les troupes du roi wisigoth Récarède, commandées par le duc Claude de Lusitanie.
Selon Grégoire de Tours, les pertes sont lourdes :
Cette défaite met fin aux ambitions franques sur la Gaule gothique.
Contrairement à certains rois mérovingiens réputés violents, Gontran est souvent décrit comme un souverain très religieux.
Les chroniques, notamment celles de Grégoire de Tours, insistent sur sa piété :
Les évêques jouent un rôle politique majeur dans son royaume.
Ils servent d’intermédiaires entre le roi et les cités et participent parfois aux négociations diplomatiques.
Cette alliance avec l’Église renforce la légitimité du roi et contribue à stabiliser la Bourgogne.
L’abbaye Saint-Marcel. Source : Wikipédia
Le règne de Gontran est aussi marqué par une forte activité religieuse.
Après avoir choisi Chalon-sur-Saône comme résidence royale, il fonde vers 577 un monastère dans les faubourgs de la ville : l’abbaye Saint-Marcel.
Ce monastère est dédié à Saint Marcel, martyr lyonnais du IIe siècle.
En 584, Gontran institue dans l’abbaye la psalmodie perpétuelle, pratique monastique consistant à réciter les psaumes sans interruption.
Le roi réorganise également plusieurs grands monastères liés à son royaume :
Ces établissements sont placés sous l’autorité commune de l’abbé Apollinaire d’Agaune.
À sa mort, Gontran est enterré dans la basilique de Saint-Marcel, qu’il avait lui-même fondée.
Malgré sa réputation de roi pacifique, Gontran doit aussi mener plusieurs campagnes militaires.
Il affronte notamment :
La Bourgogne devient ainsi un espace de confrontation entre les royaumes francs, mais Gontran parvient à préserver l’essentiel de son territoire.
Vers la fin de son règne, Gontran accueille le moine irlandais Colomban, figure majeure du monachisme européen.
Colomban arrive en Gaule comme pérégrin, c’est-à-dire missionnaire itinérant.
En 591, il reçoit l’autorisation de s’installer dans une région forestière située à la frontière entre la Bourgogne et l’Austrasie.
Il y fonde un premier monastère à Annegray, dans les Vosges.
Peu après, il crée l’important monastère de Luxeuil, qui deviendra l’un des grands centres religieux du royaume franc.
Luxeuil. Source : Wikipédia
Ces fondations participent à la diffusion du christianisme et renforcent le prestige spirituel du règne de Gontran.
Le roi Gontran meurt en 592.
N’ayant plus d’héritier direct, son royaume revient à Childebert II, roi d’Austrasie, conformément aux accords qu’il avait conclus.
Cette succession marque un moment important : une grande partie des royaumes francs se retrouve à nouveau réunie sous un seul souverain.
Le roi Gontran meurt à Chalon-sur-Saône le 28 mars 592.
Conformément au traité d’Andelot, son royaume est transmis à Childebert II, roi d’Austrasie.
Cette succession permet de réunir temporairement deux grands royaumes francs.
Les évêques du royaume honorent Gontran pour sa piété et son soutien à l’Église.
Au fil des siècles, il sera même vénéré comme saint Gontran, notamment en Bourgogne et en Maurienne.