
LE HAUT MOYEN ÂGE · 476 → 987
En 584, à la mort du roi Chilpéric Ier, son fils Clotaire II n’est qu’un nourrisson de quatre mois.
Dans un monde franc ravagé par près d’un demi-siècle de guerres entre dynasties, personne ne parierait alors sur la survie de cet enfant.
Pourtant, Clotaire II va devenir l’homme qui mettra fin à la sanglante Faide royale opposant les descendants de Clotaire Ier.
Après une jeunesse passée dans la guerre et l’incertitude, il parvient finalement à réunifier l’ensemble du royaume franc.
Son règne marque un moment charnière : la fin des grandes guerres mérovingiennes et la mise en place d’un nouvel équilibre politique entre le roi, l’aristocratie et l’Église.
Son long règne (584 → 629) se divise en deux périodes :
À la mort de Chilpéric Ier, la situation est critique.
La Neustrie est encerclée par ses ennemis :
Le royaume des Francs en 581 - Source: Wikimedia Commons
La survie du royaume repose alors sur deux figures essentielles :
Gontran accepte de protéger l’enfant et reconnaît Clotaire comme héritier légitime, empêchant l’effondrement immédiat de la Neustrie.
Frédégonde dirige alors la résistance avec une redoutable efficacité : alliances politiques, intrigues de cour et élimination des rivaux permettent de maintenir son fils sur le trône.
🔍 Zoom – Frédégonde et Gontran : la régence de tous les dangers
Après la mort de Chilpéric Ier, la situation du jeune Clotaire II est extrêmement fragile.
Le roi Gontran de Bourgogne intervient pour empêcher l’effondrement de la Neustrie. Il agit à la fois comme protecteur de l’enfant et comme garant de l’équilibre entre les royaumes francs.
Afin de rétablir l’autorité royale, Gontran envoie son officier Ansoald reprendre le contrôle des cités neustriennes abandonnées après la mort de Chilpéric.
Ces villes prêtent alors serment de fidélité à Gontran et à Clotaire II.
Le roi de Bourgogne tente également de restaurer l’ordre dans l’Église :
Dans le même temps, certaines cités passent sous influence austrasienne.
Des envoyés de Brunehaut, notamment le duc Gararic et le chambrier Eberon, réussissent à rallier :
avec l’appui d’évêques influents comme Grégoire de Tours et Venance Fortunat.
Gontran réagit rapidement : ses armées reprennent ces cités et les réintègrent à son autorité.
Pendant ce temps, Frédégonde est tenue à l’écart du pouvoir.
Elle est installée dans la villa de Vaudreuil, dans le diocèse de Rouen, sous la surveillance de l’évêque Prétextat.
Durant l’été 585, Gontran revient à Paris pour devenir le parrain du jeune Clotaire II.
Afin de confirmer la légitimité du prince, il exige un serment solennel :
Frédégonde, trois évêques et près de trois cents aristocrates neustriens jurent que Clotaire est bien le fils de Chilpéric.
Malgré cette reconnaissance publique, le baptême est finalement annulé.
Un concile devait initialement se tenir à Troyes, mais les évêques austrasiens refusent d’y participer si Clotaire n’est pas exclu de la succession.
Le concile est finalement déplacé à Mâcon, où il se réunit le 23 octobre 585.
Concile de Mâcon en 585 - Source: Wikimedia Commons
Malgré la surveillance imposée par Gontran, Frédégonde parvient à reprendre l’initiative.
À Rouen, l’évêque Prétextat est attaqué au cours d’une messe et mortellement blessé.
Avant de mourir, il accuse ouvertement Frédégonde d’avoir commandité son assassinat ainsi que ceux de plusieurs rois mérovingiens.
Prétextat accuse Frédégonde - Source: Wikimedia Commons
Libérée de cette surveillance, la reine entreprend de rallier à son fils les nobles et les évêques de Neustrie.
Elle réinstalle notamment Melaine comme évêque de Rouen, malgré l’opposition de Gontran.
Le roi de Bourgogne tente alors d’affaiblir son influence en attirant une partie de l’aristocratie neustrienne dans son camp.
Il parvient notamment à reprendre plusieurs cités importantes :
Face aux intrigues de Frédégonde, Gontran décide de renforcer son alliance avec l’Austrasie.
En 587, il conclut avec Childebert II le traité d’Andelot.
Ce pacte prévoit notamment :
Lorsque Gontran meurt en 592, cet accord permet à Childebert II de devenir roi à la fois d’Austrasie et de Bourgogne.
Le début du règne de Clotaire II est une lutte pour la survie.
Les armées neustriennes affrontent les forces austrasiennes.
Selon les chroniques, les soldats de Clotaire avancent cachés derrière des branches d’arbres, donnant l’impression d’une forêt en mouvement.
Cette ruse provoque la panique dans les rangs ennemis et permet une victoire inattendue.
Quelques années plus tard, la situation s’inverse.
Clotaire est écrasé par les armées de ses cousins Théodebert II et Thierry II, fils de Childebert II.
La Neustrie est alors réduite à un petit territoire autour de :
Pendant plus de treize ans, Clotaire reste dans une position de faiblesse extrême.
Après la mort de Childebert II en 595, son royaume est partagé entre ses deux fils :
Les tensions entre les deux frères finissent par provoquer une guerre ouverte.
En 610, Thibert obtient d’abord plusieurs victoires.
Mais la situation se renverse rapidement : Thierry II remporte des succès décisifs lors des batailles de Toul et de Tolbiac.
Guerre entre Austrasie et Bourgogne en 612- Source: Wikimedia Commons
Thibert est capturé puis exécuté avec ses enfants en 612.
Thierry réunit alors sous son autorité l’Austrasie et la Bourgogne, recréant temporairement un vaste royaume.
Après sa victoire contre son frère en 612, Thierry II semble sur le point de reconstituer un vaste royaume franc réunissant l’Austrasie et la Bourgogne.
Cependant, cette domination ne dure pas.
En 613, alors qu’il prépare une campagne contre Clotaire II, Thierry meurt brutalement à Metz, probablement d’une dysenterie. Sa disparition provoque une crise immédiate.
La reine Brunehaut, qui exerce encore une forte influence politique, tente de maintenir son pouvoir en plaçant sur le trône son arrière-petit-fils Sigebert II, fils de Thierry.
Mais une grande partie de l’aristocratie austrasienne refuse de continuer à subir son autorité.
Les grands nobles, notamment :
se tournent alors vers Clotaire II, roi de Neustrie, et l’invitent à intervenir.
Clotaire marche rapidement vers l’est.
Lorsque les deux armées se rencontrent, les troupes austrasiennes refusent de combattre pour Brunehaut.
La reine et les fils de Thierry sont capturés et livrés à Clotaire.
Les enfants sont exécutés (à l’exception de quelques-uns épargnés), tandis que Brunehaut est jugée pour les nombreux assassinats politiques dont on l’accuse, notamment ceux de plusieurs rois mérovingiens.
Elle est condamnée à un supplice spectaculaire :
après avoir été torturée plusieurs jours, elle est attachée à un cheval sauvage qui la traîne jusqu’à la mort.
Supplice de Brunehaut - Source: Wikimedia Commons
Cette exécution marque symboliquement la fin de la longue faide royale entre les dynasties mérovingiennes.
En 613, pour la première fois depuis le partage de 561, Clotaire II devient l’unique roi de tous les Francs.
🔍 Zoom – La fin de Brunehaut : le dernier acte de la tragédie
Une fois devenu roi unique, Clotaire II doit reconstruire un royaume profondément divisé.
Il confirme la puissance de plusieurs grandes familles aristocratiques, notamment :
Ces familles joueront bientôt un rôle majeur dans l’histoire franque.
Le roi s’appuie également sur les maires du palais, qui deviennent des personnages essentiels de l’administration royale.
À l’origine simples intendants de la cour, ils acquièrent progressivement une influence politique considérable.
Pour stabiliser le royaume, Clotaire II promulgue en 614 un texte majeur : l’Édit de Paris.
Cet édit constitue une sorte de pacte entre le roi, l’aristocratie et l’Église.
Le texte prévoit notamment :
L’édit permet d’apaiser les tensions après des décennies de guerre.
Mais il renforce également l’influence politique des grandes familles aristocratiques.
🔍 Zoom – L’Édit de Paris : le prix de la paix
Le règne de Clotaire II correspond également à un renouveau religieux.
Les moines venus d’Irlande, menés par Saint Colomban, fondent de nombreux monastères dans le royaume.
Ces établissements deviennent :
Le monastère de Luxeuil devient l’un des grands centres spirituels de la Gaule mérovingienne.
Dans les dernières années de son règne, Clotaire doit faire face aux revendications des aristocrates d’Austrasie.
Pour calmer les tensions, il accepte en 623 de placer son fils Dagobert Ier à la tête du royaume d’Austrasie.
Cette décision prépare la transition vers une nouvelle génération de souverains.
Dagobert deviendra bientôt l’un des plus puissants rois mérovingiens.
Clotaire II meurt en 629, après plus de quarante ans de règne.
Son œuvre principale est d’avoir restauré l’unité du royaume franc après des décennies de guerres dynastiques.
Cette unité permet l’émergence d’un nouveau moment de stabilité sous le règne de Dagobert Ier.