Jean II le Bon : captivité, crise intérieure et traité de Brétigny (1350–1364) · LE MOYEN ÂGE CLASSIQUE
Après Poitiers, la France entre dans une crise de gouvernement : le roi est captif, mais la guerre continue. La rançon devient un problème d’État, et la négociation avec l’Angleterre se superpose aux conflits internes (Paris, Navarre, États).
Jean II et son fils Philippe sont d’abord détenus à Bordeaux, avec les honneurs de leur rang : le roi peut tenir une cour et organiser une sociabilité aristocratique. Mais l’enjeu politique est ailleurs : Édouard III veut contrôler directement son prisonnier, tandis que le Prince Noir et les élites de Guyenne ont leurs propres intérêts.
Au printemps 1357, le roi est transféré en Angleterre. Les conditions restent privilégiées, mais la captivité devient une arme diplomatique.
En captivité, Jean II accepte des projets d’accords très lourds :
Ces projets heurtent l’opinion politique en France. Les États et les villes ne veulent pas payer sans contrôle, et beaucoup jugent les concessions impossibles sans déclencher une crise de légitimité.
Après le rejet des projets londoniens, les conditions de captivité se durcissent. En 1359, Jean II est davantage surveillé et ses déplacements sont limités. Il est ensuite transféré dans des résidences plus austères, jusqu’à la Tour de Londres en 1360.
Cette “mise sous contrôle” est aussi un message politique : le prisonnier royal ne doit pas devenir le centre d’intrigues incontrôlables. La captivité passe ainsi d’un traitement honorifique à une détention plus coercitive.
Au même moment, la situation politique en France s’est stabilisée : le risque d’une prise de pouvoir par les partis rivaux est moindre. Le roi entend alors reprendre l’initiative, y compris à distance, pour éviter que le succès défensif contre l’Angleterre soit capté par la seule régence.
Des proches du roi cherchent à contrôler le conseil et à neutraliser les tensions au sommet, notamment entre Jean II et le dauphin. Dans cette séquence, l’archevêque de Sens Guillaume de Melun apparaît comme un acteur central du parti royal, chargé de tenir la ligne politique et de verrouiller la décision.
La négociation se fait alors rapidement, sur une base moins extrême : la rançon est ramenée à environ trois millions d’écus, au prix de concessions jugées humiliantes par une partie des élites.
Le dauphin Charles gouverne au milieu d’un conflit de confiance : lever l’impôt, stabiliser la monnaie, tenir les garnisons. Les tensions parisiennes s’aiguisent, et la concurrence avec le parti navarrais complique tout. La captivité du roi devient un accélérateur : chacun peut prétendre incarner le salut du royaume.
En 1359, l’Angleterre tente d’imposer une solution par la force : une grande chevauchée vise à frapper l’imaginaire politique et à obtenir une capitulation. La réponse française privilégie l’usure : éviter la bataille rangée, harceler, priver de vivres, protéger les places fortes.
Au printemps 1360, des événements climatiques extrêmes frappent l’armée anglaise, ce qui accélère la décision de négocier. La guerre d’usure et la crise intérieure rendent une paix nécessaire.