Charles V le Sage : reconquête, État et Schisme d’Occident (1364–1380) · LE MOYEN ÂGE CLASSIQUE
Le règne de Charles V se joue aussi hors de France. La Castille est un partenaire stratégique : sa flotte peut menacer les communications anglaises et peser sur la principauté d’Aquitaine. Charles V veut éviter qu’un allié de l’Angleterre ne contrôle ce voisinage, mais il n’a pas encore les moyens financiers d’une reprise directe de la guerre : la rançon de Jean II pèse encore, et le royaume est ravagé par les Grandes Compagnies.
La guerre civile castillane lui offre une solution : affaiblir l’Angleterre par un détour, tout en débarrassant la France des compagnies.
Les compagnies rançonnent aussi les territoires proches d’Avignon. Le pape voit donc d’un bon œil un projet d’expédition présenté comme une croisade “en Espagne” (officiellement dirigée contre un émirat au sud, ce qui impose de passer par la Castille). Les motivations convergent : il faut éloigner les routiers. L’expédition est financée, et Charles V confie à Bertrand du Guesclin la mission de rassembler les compagnies et de les mener hors du royaume.
La “croisade” arrive en Catalogne en janvier 1366 et enchaîne des succès rapides. Henri de Trastámara est couronné le 5 avril 1366. Pour Charles V, l’intérêt est immédiat : un allié potentiel s’installe à la place d’un voisin susceptible de basculer vers l’Angleterre.
Mais Pierre de Castille prépare son retour. Chassé du trône, il trouve des soutiens chez les adversaires de la France : le Prince Noir et des réseaux navarrais.
Pour revenir, Pierre promet de financer l’effort anglais. Le Prince Noir lève une armée et réembauche des compagnies, dont les passages frappent durement le Languedoc. Le passage est facilité par la Navarre : l’armée franchit Roncevaux en février 1367.
Le 3 avril 1367, Henri affronte les archers anglais à Nájera, malgré les réticences de Du Guesclin : l’arc long est décisif et les Franco‑Castillans sont écrasés. Du Guesclin est fait prisonnier. Pierre reprend temporairement le pouvoir.
Charles V tire pourtant des bénéfices stratégiques : il est largement débarrassé des compagnies qu’il a “exportées”, tandis que la victoire coûte cher aux Anglais.
Pierre ne peut pas payer ce qu’il a promis. Le Prince Noir se retrouve ruiné et doit se débarrasser de mercenaires, qui se déplacent vers les marges de la Guyenne. L’épisode accroît les tensions fiscales et politiques en Aquitaine et prépare, à terme, la reprise des hostilités.
Henri et Du Guesclin reprennent l’initiative. Pierre est finalement vaincu à Montiel et tué. Henri devient roi sous le nom d’Henri II : la France obtient un allié durable à la tête de la Castille. Cette alliance est décisive sur mer : en 1372, à La Rochelle, la flotte anglaise est anéantie par l’action conjointe franco‑castillane, ce qui pèse lourd sur la reconquête.