Louis IX (Saint Louis) : régence, justice royale et croisades (1226–1270) · LE MOYEN ÂGE CLASSIQUE
La Septième croisade est l’épreuve majeure du règne. Louis IX part en 1248 avec l’idée de frapper l’islam au cœur stratégique de l’Égypte, clef d’accès à Jérusalem. Mais l’expédition montre une vérité brutale : une victoire peut épuiser autant qu’une défaite.
Le départ d’Aigues‑Mortes est retardé par l’absence de vent, puis l’armée débarque à Chypre (septembre 1248) et y hiverne. Du ravitaillement y est accumulé depuis plusieurs années.
Le 5 juin 1249, Louis débarque en Égypte et prend Damiette. L’élan initial est fort, mais la marche vers Le Caire devient une guerre d’usure : harcèlement, chaleur, ravitaillement, et attaques du commandement musulman.
Les croisés réussissent à franchir le Nil, puis viennent les combats autour de Mansourah. Les affrontements sont meurtriers : une victoire tactique ne suffit pas à compenser les pertes. Robert d’Artois meurt et l’armée est frappée par des épidémies (dysenterie, typhus, scorbut) aggravées par les conditions de campagne. Le roi lui‑même tombe malade mais refuse de quitter ses troupes.
En avril 1250, la retraite échoue : à Fariskur, l’armée est écrasée et une grande partie des croisés est faite prisonnière. Louis IX est capturé et détenu, tandis que malades et blessés sont massacrés.
La libération passe par une rançon. La reine Marguerite de Provence joue un rôle décisif : elle tient la direction au moment critique et réunit un premier versement, permettant la sortie de crise.
Après sa libération, Louis demeure en Terre sainte et organise un temps de pèlerinage et de présence. Il renvoie ses frères en France pour soutenir la régence exercée par sa mère. Après la mort de Blanche de Castille, le roi décide de rentrer : il débarque en France en 1254 et revient à Paris à l’automne.
La leçon est politique : la croisade peut être un échec militaire, sans effondrement de l’État. La monarchie tient, et la figure du roi pieux s’impose durablement, même si l’épisode nourrit en Occident un scepticisme croissant envers la guerre sainte.