Philippe VI de Valois : une dynastie nouvelle, une guerre qui s’ouvre (1328–1350) · HIGH MIDDLE AGES
Au début de la guerre de Cent Ans, le rapport de force se décide autant par les batailles que par les alliances. Édouard III déploie une stratégie où l’argent, la laine et les privilèges comptent autant que les chevaliers : une “diplomatie du sterling” destinée à encercler le Valois au nord et à l’est.
Après le vote de subsides par le Parlement anglais (Nottingham), la marche à la guerre s’accélère. À la fin de 1336, Édouard III interdit la vente des laines anglaises vers la Flandre. En février 1337, il accorde des privilèges à des ouvriers étrangers s’installant en Angleterre et interdit l’importation de draps étrangers.
Le but est double : faire croire que l’Angleterre peut vivre sans la Flandre, et forcer les villes drapantes (Ypres, Gand, Bruges, Lille) à choisir entre fournisseurs anglais et débouchés français. Édouard favorise aussi le Brabant (Malines, Bruxelles) : 30 000 sacs de laine sont livrés à condition de ne rien céder aux cités flamandes.
Des ambassadeurs anglais tiennent à Valenciennes, aux portes du royaume, une véritable bourse aux alliances : on y monnaye des fidélités, en exploitant rivalités princières et haines du Valois. Les cités flamandes et le Brabant basculent vers l’Angleterre, bientôt suivis par le Hainaut (Édouard III est l’époux de Philippa de Hainaut). La coalition s’étend à des principautés rhénanes (Juliers, Limbourg, Clèves…).
Le jeu est plus subtil avec l’empereur Louis de Bavière, excommunié et affaibli. En août 1337, il vend son adhésion aux Plantagenêts. Édouard III obtient le titre de “vicaire impérial en Basse‑Germanie”, ce qui renforce sa position sur le Rhin et la Meuse.
En septembre 1338, à Coblence, de grandes festivités célèbrent cette alliance, financées par l’Angleterre. Benoît XII proteste, mais tergiverse et tente encore la médiation.
Philippe VI et son conseil (notamment Miles de Noyers) répondent par des rentes et des alliances plus stables : comtes de Savoie et de Genève, fidélité de Jean de Luxembourg (“Jean l’Aveugle”), soutien de Gênes (navires et arbalétriers), sympathies habsbourgeoises. Un succès diplomatique majeur est l’alliance de Castille (décembre 1336) : un appui maritime utile sur l’Atlantique.