Jean II le Bon : captivité, crise intérieure et traité de Brétigny (1350–1364) · HIGH MIDDLE AGES
Après Poitiers, l’État doit financer à la fois la guerre, la sécurité intérieure et la rançon du roi. La fiscalité et la monnaie deviennent des instruments de survie politique : elles peuvent sauver le royaume, mais aussi déclencher la contestation.
Le paiement de la rançon négociée en 1360 épuise le royaume. Les levées ordinaires et les expédients fiscaux ne suffisent pas. Pour réunir des sommes immédiates, la monarchie mobilise aussi la diplomatie familiale : le mariage d’une princesse peut devenir une opération financière.
Dans ce contexte, le mariage d’Isabelle de France avec Jean Galéas Visconti (Milan) sert à obtenir des liquidités et à faciliter les premiers versements exigés pour la libération du roi.
Les mutations monétaires alimentent l’inflation et la suspicion. Stabiliser la monnaie, c’est stabiliser le crédit du roi. Dans ce contexte, l’apparition du franc (lié à l’idée de libération du roi) s’inscrit dans une stratégie de réassurance.
Le 5 décembre 1360, sur la route du retour, Jean II fait frapper le franc : une monnaie d’or forte, pensée comme une rupture avec les dévaluations répétées. Le choix du nom et de l’iconographie est politique autant qu’économique : montrer un roi “franc” (libéré) et restaurer la confiance.
Cette exigence de monnaie stable est aussi portée par les États et par des réflexions savantes sur le pouvoir monétaire, qui dénoncent les mutations comme un impôt déguisé.
Les périodes de trêve ne signifient pas la paix sociale : des mercenaires non soldés forment des compagnies qui vivent sur le pays. Sécuriser routes et campagnes devient un enjeu de souveraineté aussi important que la diplomatie.
De retour, Jean II entend gouverner sans partager réellement le pouvoir : il ménage les élites, mais garde la main sur le conseil. Le parti royal s’appuie sur des hommes de confiance, réduit ou réorganise certains offices, et met sous pression un personnel financier souvent impopulaire.
Cette reprise en main reconfigure aussi les équilibres avec le dauphin, qui se replie sur ses responsabilités territoriales pendant que le centre du pouvoir se resserre autour du roi.