Charles VII : Jeanne d’Arc, reconquête et restauration de l’État (1422–1461) · HIGH MIDDLE AGES
Charles naît le 22 février 1403 à l’hôtel Saint‑Pol à Paris. Il est l’un des nombreux enfants de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, et il ne devait pas, au départ, succéder au trône.
Au début du XVe siècle, la guerre de Cent Ans s’entremêle à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (à partir de 1407). Les luttes pour contrôler la régence, aggravées par la maladie de Charles VI, redessinent en permanence l’avenir des princes.
Charles reçoit jeune le titre de comte de Ponthieu. Son horizon “normal” serait un apanage, non la couronne.
En 1413, un projet d’alliance est scellé : Charles est fiancé à Marie d’Anjou. Sa belle‑famille, et surtout Yolande d’Aragon, joue un rôle protecteur dans les années de troubles, loin de la capitale.
Charles, comte de Ponthieu, dernier héritier vivant de la couronne de France, devient dauphin de France à l’âge de 14 ans, le 5 avril 1417, sous la dénomination traditionnelle de dauphin de Viennois.
Dès le décès de son futur beau-père, le duc d’Anjou, survenu le 29 avril 1417, Charles de Ponthieu le remplace à la présidence du conseil de régence. Or, sa mère, Isabeau de Bavière, prétend assumer seule la direction de la régence, sous l’influence du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Pour s’en débarrasser, son fils Charles l’envoie sous bonne garde à Tours, en résidence surveillée par les Armagnacs : elle ne pardonnera jamais au dauphin cette mésaventure.
Le dauphin prend part à la régence du royaume avec ses conseillers Armagnacs. Il est fait duc de Touraine, duc de Berry et comte de Poitiers (sous le nom de Charles II de Poitiers). En mai 1417, il est nommé lieutenant-général du royaume, chargé de suppléer son père en cas d’empêchement. Il bénéficie de la garde rapprochée de quelques officiers de la couronne affiliés au parti d’Armagnac.
Cependant, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur vient de libérer la reine Isabeau de sa prison tourangelle. Il l’installe à Troyes le 23 décembre 1417, après l’avoir ralliée à sa cause contre le dauphin. Il publie un manifeste pour réclamer les pleins pouvoirs, eu égard à la maladie du roi et à la jeunesse du dauphin.
Jean sans Peur décide de prendre le contrôle de la situation à Paris en enlevant le dauphin Charles et en éliminant les Armagnacs, afin d’assumer seul la régence du royaume.
Durant la nuit du 29 mai 1418, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, Paris est envahi par les gens du duc de Bourgogne, menés par Jean de Villiers de L’Isle-Adam. Le prévôt de Paris, Tanneguy du Chastel, assisté par les officiers de la couronne chargés par le roi Charles VI de la protection rapprochée du dauphin, se précipite alors à l’hôtel Saint-Pol, où réside l’héritier du trône de France. Il tire le dauphin endormi de son lit, l’emmitoufle dans sa robe à relever de nuit et le conduit à la Bastille Saint-Antoine, issue orientale des fortifications parisiennes. De là, le prévôt est en mesure d’envoyer Charles vers Melun, lui permettant ainsi d’échapper à l’influence de Jean sans Peur. Entretemps, devenus maîtres de la capitale, les Bourguignons procèdent au massacre du chancelier de France, Henri de Marle, du connétable de France, le comte d’Armagnac et de leurs partisans armagnacs.
Le dauphin, âgé de quinze ans, se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry, pour y organiser la résistance contre les Bourguignons et les Anglais.
Le dauphin Charles de Ponthieu trouve refuge dans l’ancien palais de son oncle Jean Ier de Berry, mort en 1416. Il est entouré des fidèles officiers de la couronne affiliés au parti d’Armagnac, ce qui lui vaut, de la part des chroniqueurs bourguignons, le sobriquet péjoratif de « roi de Bourges », tandis que ses conseillers sont traités d’« aventuriers sans scrupules », « avides de pouvoir » et accusés de « cupidité » par les dits chroniqueurs bourguignons, aux ordres de Jean sans Peur. Les mêmes chroniqueurs répandent le bruit que le jeune dauphin est totalement livré à l’influence de ses conseillers et qu’il manque singulièrement de caractère. Le parcours de Charles VII prouvera au contraire sa conduite avisée.
Il apparaît comme l’héritier légitime du royaume de France dont il porte toujours le titre de lieutenant-général du royaume, conféré par son père, Charles VI. Il est allié des Armagnacs et hostile à la politique du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, secrètement allié des Anglais. Le dauphin Charles établit le Parlement à Poitiers et la Cour des comptes à Bourges. Il prend les armes pour reconquérir son royaume. Entouré de grands féodaux et de chefs de guerre, il soumet plusieurs villes telles que Tours, Melun, Meaux, Compiègne et Montereau. C’est lors du siège de Tours, que le dauphin se proclame régent du royaume de France, au grand dam de Jean sans Peur.
Les Bourguignons occupant les environs de Paris sont cernés par les Armagnacs. Jean sans Peur, soucieux de prendre le contrôle sur le dauphin réfugié à Bourges, va tenter une première action diplomatique en ratifiant avec la reine Isabeau de Bavière et le duc Jean V de Bretagne le 16 septembre 1418 le traité de Saint-Maur.
Par ce traité, concocté en dehors du roi Charles VI et du dauphin de France, Jean sans Peur et Isabeau de Bavière proposent d’accorder leur pardon aux Armagnacs pour tous les maux dont ils seraient coupables. Ils sont accusés, notamment, d’avoir empoisonné les deux premiers dauphins de France, Louis de Guyenne (mort en 1415) et Jean de Touraine (mort en 1417), et de détenir en otage à Bourges le dernier dauphin survivant, en la personne du dauphin Charles, dans l’intention de le livrer ultérieurement aux Anglais. En contrepartie, le dauphin et ses conseillers Armagnacs sont priés de se soumettre aux volontés de Jean sans Peur et d’Isabeau de Bavière en signant le traité de Saint-Maur et en renonçant à toute résistance.
Le duc Jean V de Bretagne, envoyé le 22 septembre 1418 en ambassade par Jean sans Peur, rencontre le dauphin à Saumur pour tenter de lui faire entériner ce traité. Mais le dauphin n’est pas dupe des intentions de son cousin bourguignon et il n’entend pas désavouer ses conseillers Armagnacs. Assisté de Jean Louvet, président de Provence, et de ses conseillers, il n’accepte aucune capitulation : il refuse de le ratifier et le traité va rester caduc.