
LE HAUT MOYEN ÂGE · 476 → 987
À la mort de Louis le Bègue en 879, la Francie occidentale se retrouve dirigée par deux jeunes souverains : ses fils Louis III et Carloman II.
Selon la tradition carolingienne, le royaume n’est pas confié à un seul héritier mais partagé entre les membres de la dynastie.
Les deux frères règnent donc conjointement, chacun contrôlant une partie du territoire tout en affirmant une autorité commune sur le royaume.
Couroison de Louis III et Carloman II. - Wikimedia Commons
Mais la situation est fragile.
La dynastie carolingienne, autrefois puissante sous Charlemagne, s’est affaiblie.
Les grands aristocrates régionaux disposent désormais d’un pouvoir considérable, tandis que les frontières sont menacées par des ennemis extérieurs.
Trois dangers principaux pèsent sur le royaume :
Dans ce contexte, la stabilité du royaume ne dépend plus uniquement des rois eux-mêmes.
Le pouvoir repose aussi sur ceux qui contrôlent les armées, les abbayes et les réseaux politiques. Parmi ces hommes, un personnage joue un rôle central : Hugues l’Abbé, conseiller influent et véritable organisateur du pouvoir royal.
🔍 Zoom – Hugues l’Abbé : l’homme fort du royaume
Au début de leur règne, Louis III et Carloman II doivent avant tout consolider leur légitimité.
Leur accession au trône intervient dans un moment de tension politique : certains grands se montrent hésitants à reconnaître pleinement leur autorité, tandis que des ambitions rivales apparaissent dans différentes régions.
Boson de Provence. - Wikimedia Commons
Dans le Midi, Boson de Provence profite du contexte pour se faire proclamer roi en 879, rompant avec la tradition carolingienne selon laquelle seuls les membres de la dynastie peuvent porter la couronne.
Cet événement révèle une transformation profonde : le pouvoir royal dépend désormais davantage du soutien des grands que de la simple légitimité dynastique.
Pendant ce temps, la question de la Lotharingie reste un enjeu stratégique majeur.
Ce territoire situé entre la Francie occidentale et orientale est disputé depuis plusieurs décennies.
Empire carolingien en 880. - Wikimedia Commons
En 880, un accord est conclu entre les souverains carolingiens afin de stabiliser les frontières.
🔍 Zoom – 880 : le traité de Ribemont
Ce traité marque une étape importante : la Lotharingie passe définitivement sous l’autorité de la Francie orientale.
En échange, la Francie occidentale obtient une forme de stabilité diplomatique qui lui permet de concentrer ses forces ailleurs.
Car la menace la plus immédiate vient du nord.
Depuis le milieu du IXᵉ siècle, les Vikings multiplient les expéditions dans les royaumes francs.
Ces guerriers venus de Scandinavie naviguent le long des côtes et remontent les grands fleuves — Seine, Loire, Somme — pour attaquer villes, monastères et marchés.
Leur stratégie repose sur la mobilité : ils frappent rapidement, pillent puis repartent avant que les armées royales ne puissent réagir.
Pour les rois francs, ces attaques représentent à la fois :
Un souverain incapable de défendre son royaume risque de perdre le soutien des grands.
Les rois cherchent donc à remporter des victoires spectaculaires, capables de restaurer leur prestige.
C’est dans ce contexte qu’a lieu l’un des affrontements les plus célèbres du règne.
🔍 Zoom – 881 : Saucourt, victoire contre les Vikings
En 881, Louis III remporte une victoire importante contre une armée viking à Saucourt-en-Vimeu, près de l’actuelle Somme.
La bataille de Saucourt-en-Vimeu. - Wikimedia Commons
Cette bataille devient rapidement un symbole de la résistance franque.
Elle est célébrée dans un poème héroïque en ancien germanique, la Ludwigslied, qui glorifie le roi comme défenseur du peuple chrétien contre les païens.
Les 2 premiers pages de Ludwigslied. - Wikimedia Commons
Cette victoire renforce momentanément l’autorité royale.
Mais elle ne met pas fin aux raids.
Les Vikings continuent de parcourir les fleuves et de menacer les régions les plus riches du royaume.
Malgré la victoire de Saucourt, le règne des deux frères est très bref.
Les événements s’enchaînent rapidement et fragilisent de nouveau le royaume.
En 882, Louis III meurt brutalement à l’âge d’environ dix-huit ans.
Les chroniqueurs rapportent une mort aussi soudaine qu’insolite : le roi aurait été victime d’un accident de cheval lors d’une poursuite dans les rues d’une ville.
En voulant suivre une jeune femme qui fuyait devant lui, il aurait heurté violemment un linteau de porte ou un obstacle et succombé à ses blessures.
Sa disparition est un choc pour le royaume.
Jeune, victorieux face aux Vikings à Saucourt, Louis III incarnait l’espoir d’un renouveau de l’autorité royale.
Après sa mort, son frère Carloman II reste seul roi de Francie occidentale.
Carloman II devient alors l’unique souverain du royaume.
Son règne solitaire reste toutefois bref et relativement mal connu.
Il doit continuer à faire face aux mêmes difficultés que ses prédécesseurs :
Le rôle des conseillers et des grands, notamment Hugues l’Abbé, reste donc essentiel pour maintenir une certaine stabilité.
Pendant le règne solitaire de Carloman II, les attaques vikings continuent de menacer les royaumes carolingiens.
En octobre, une armée viking progresse jusqu’au gué de Laviers, sur les rives de la Somme. Carloman tente de leur barrer la route en se positionnant avec son armée à Miannay, mais les Francs sont battus. Contraint de battre en retraite au-delà de l’Oise, le roi ne peut empêcher les Vikings de s’installer à Amiens, où ils renforcent leur présence dans la région.
Au même moment, d’autres bandes vikings poursuivent leurs expéditions plus à l’est et remontent le Rhin, menaçant plusieurs centres religieux et politiques. L’archevêque Liutbert de Mayence, accompagné du comte Henri de Franconie, parvient toutefois à stopper leur progression alors qu’ils se dirigent vers l’abbaye de Prüm, un important monastère impérial. Les Vikings se replient alors vers Duisbourg, où ils établissent leur campement et passent l’hiver, illustrant la difficulté des souverains carolingiens à empêcher ces armées mobiles de s’implanter durablement dans certaines régions.
Au début de l’année 884, la pression viking devient telle que les grands du royaume cherchent une solution pragmatique.
Le 2 février 884, les principaux seigneurs de Francie occidentale, réunis à Compiègne, décident de négocier avec les Vikings installés à Amiens. Ils proposent de leur verser une somme considérable — 12 000 livres d’argent — en échange de leur départ.
Les Normands acceptent l’accord et accordent à Carloman II une trêve jusqu’au mois d’octobre, afin de lui laisser le temps de réunir la somme promise.
Mais cette trêve ne signifie pas la paix : pendant ce temps, les Vikings poursuivent leurs expéditions et ravagent la rive droite de l’Escaut, continuant à exploiter la faiblesse du pouvoir royal.
Quelques mois plus tard, le destin frappe de nouveau la dynastie carolingienne.
En décembre 884, Carloman II meurt lors d’une partie de chasse, probablement après avoir été mortellement blessé par un sanglier, selon plusieurs chroniques.
Carloman blessé à mort. - Wikimedia Commons
Comme son frère Louis III, mort deux ans plus tôt, il disparaît jeune et sans héritier capable de lui succéder.
Cette disparition brutale laisse la Francie occidentale sans roi direct et ouvre une nouvelle période d’incertitude politique, obligeant les grands du royaume à chercher un autre membre de la dynastie carolingienne pour assurer la continuité du pouvoir.
Face à l’absence d’héritier direct, les grands du royaume prennent une décision pragmatique :
ils appellent à régner Charles le Gros, un autre membre de la dynastie carolingienne.
Charles gouverne déjà plusieurs territoires importants :
Son accession au trône de Francie occidentale permet, pour un temps, de réunifier une grande partie de l’ancien empire de Charlemagne sous un seul souverain.
Mais cette unité reste fragile.
Charles le Gros devra bientôt affronter les mêmes difficultés que ses prédécesseurs :
les ambitions des aristocrates, les crises politiques… et surtout la menace persistante des Vikings.!
🔍 Zoom – 884 : la mort de Carloman et l’arrivée de Charles le Gros