
LE HAUT MOYEN ÂGE · 476 → 987
En 922, la crise politique qui oppose Charles le Simple à une partie de l’aristocratie franque atteint son point de rupture. Une coalition de grands princes et de comtes décide de déposer le roi carolingien et d’élever à sa place un membre d’une autre grande famille : Robert Iᵉʳ, frère du roi Eudes et chef de la puissante dynastie robertienne.
Le geste est lourd de sens. Pour la seconde fois en une génération, la couronne échappe à un Carolingien. Cela ne signifie pas que la dynastie de Charlemagne a disparu, mais que la royauté n’est plus uniquement une question d’héritage : elle dépend désormais du consentement et du soutien des grands du royaume.
Robert est proclamé roi le 29 juin 922 et sacré le 30 juin à Reims, haut lieu de la légitimité royale. Pourtant, son pouvoir reste fragile. Charles le Simple est toujours vivant et conserve des partisans, notamment en Lotharingie. Le royaume entre alors dans une guerre civile ouverte.
🔍 Zoom – 922 : élection et sacre de Robert Iᵉʳ
Le règne de Robert Iᵉʳ est extrêmement bref, mais il illustre parfaitement la manière dont fonctionne la monarchie à cette époque.
Le roi ne gouverne pas seul : son autorité repose sur un réseau d’alliances aristocratiques. Parmi ses principaux soutiens figurent :
Dans cette monarchie fragile, le pouvoir se joue dans des lieux stratégiques :
Contrôler ces lieux signifie contrôler l’autorité politique. Les grandes familles aristocratiques utilisent ces ressources pour consolider leur influence et soutenir ou renverser les rois.
Pendant ce temps, Charles le Simple ne renonce pas au pouvoir. Réfugié en Lotharingie, il rassemble des soutiens et prépare son retour. Le royaume se divise alors entre deux camps rivaux.
🔍 Zoom – 923 : guerre en Lotharingie et équilibre impossible
Le conflit atteint son apogée en 923.
Charles le Simple parvient à réunir une armée et marche vers la Francie occidentale. Les deux camps se rencontrent près de Soissons, sur les rives de l’Aisne.
La bataille a lieu le 15 juin 923.
Les premières charges semblent favorables au camp de Robert. Mais le combat tourne rapidement au chaos : Robert Iᵉʳ est tué au cours de la bataille, frappé en pleine mêlée.
La mort du roi aurait pu entraîner l’effondrement de son camp. Pourtant, les robertiens continuent le combat. Les renforts menés par Herbert II de Vermandois permettent finalement de repousser les forces de Charles.
La bataille de Soissons ne met donc pas fin à la guerre, mais elle change radicalement la situation politique : le roi est mort, mais son camp tient toujours le pouvoir.
🔍 Zoom – 923 : Soissons et la fin du règne de Robert
Après la mort de Robert, les grands doivent trouver rapidement une nouvelle solution politique. Le fils de Robert, Hugues le Grand, est encore trop jeune et préfère rester l’homme fort du royaume plutôt que de porter lui-même la couronne.
La coalition aristocratique choisit alors un compromis : Raoul de Bourgogne, duc de Bourgogne et gendre de Robert.
Raoul est proclamé roi et sacré le 13 juillet 923 à l’abbaye Saint-Médard de Soissons.
Pendant ce temps, Charles le Simple tente de reprendre l’initiative. Mais quelques jours plus tard, un événement décisif met fin à ses ambitions immédiates : il est capturé le 17 juillet 923 par Herbert II de Vermandois, l’un des princes les plus puissants du nord du royaume.
Charles est emprisonné dans la forteresse de Péronne, où il restera de nombreuses années.
La guerre civile ne disparaît pas totalement, mais l’équilibre des forces change profondément : la captivité de Charles prive les Carolingiens de leur chef et permet au nouveau roi Raoul de consolider progressivement son pouvoir.
🔍 Zoom – Été 923 : de Robert à Raoul, et la capture de Charles